Oblitération n. f. ◊ Effacement, fermeture, d’un conduit, d’une cavité, par accolement de ses parois, ou par la présence d’un corps étranger.
Sosno, no limit
La définition fournie par le Petit Robert ne s’attendait sûrement pas à passer à la postérité et à entrer dans l’histoire de l’art. Et pourtant ! Alexandre Joseph Sosnowsky, dit Sacha Sosno, lui a donné visage et corps. Né en 1937 de père d’origine estonienne et de mère niçoise, ce photographe de presse bourlingueur a couvert dans sa jeunesse la guerre au Biafra, en Irlande du nord et au Bengladesh avant de se muer en plasticien visionnaire. Une exposition rend hommage à celui qui est devenu le maître de l’Ecole de Nice. Cet artiste a en effet révolutionné la photographie et la peinture dès la fin des années soixante.
Le talent fait foi
Comment ? En oblitérant ses œuvres par l’apposition d’une marque variable, comme on oblitère un timbre par l’apposition d’un cachet. L’origine de cette démarche lui serait venue de sa volonté de protéger ses œuvres de la contrefaçon ou d’une utilisation détournée ou anonyme. Raturant ses photos ou peintures, y imprimant des motifs géométriques simples (rectangles, carrés, flèches) et sobrement colorés, l’artiste commença à signer son travail et fit de sa signature un « copyright » imparable, œuvre à part entière dans l’œuvre oblitérée. L’idée paraît aussi géniale que saugrenue, mais après tout, n’y a-t-il pas des timbres de collection d’autant plus recherchés que leurs tampons faisant foi sont rares ?
Au fil de ses tentatives, l’artiste fut amené à étendre sa technique à la troisième dimension et produisit ses premières sculptures oblitérées. Inspiré par l’opposition du plein et du vide tout autant que par l’antiquité, Sosno se mit à « perforer » le corps de personnages célèbres, à découper leur silhouette dans le métal, créant la sensation d’ombre portée ou de clair obscur.
Villers ou le message émotionnel
Cette démarche artistique a été enregistrée, capturée par l’objectif du photographe André Villers, tout au long de l’année 2002. Vecteurs de l’émotion ressentie par l’œil alerte de Villers devant les œuvres ou les poses singulières de Sosno, les clichés présentés au Musée de la photographie de Mougins traduisent autant qu’ils produisent la fascination du spectateur. Or il s’agit bien d’un double spectacle pour le visiteur du musée : celui de l’œuvre de Villers confronté à l’œuvre de Sosno. Et l’on ne saurait trop vous recommander d’y jeter un œil ou… deux pour déciller votre regard !