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mardi 18 mars 2008 par Josée

Arts martiaux : Le système de grades japonais (1)

Le système de grades utilisant les Kyu et les Dan, tel que nous le connaissons aujourd’hui et qui est utilisé dans les différents systèmes martiaux, a été mis au point vers la fin du 19ème siècle par le maître Jigoro Kano,, fondateur du Judo Kodokan.

Il a été mis en place pour se démarquer des anciennes écoles traditionnelles de Ju-Jutsu qui utilisaient le système Menkyo (certificat de transmission) pour la progression de leurs pratiquants !

  

Le Kyu-Da-Ho, système de Kyu et de Dan, développé par Kano se base sur les systèmes militaires et universitaires occidentaux. Les élèves dépourvus de Dan sont nommés Mudansha et ceux en possédant Yudansha ou Dansha. Au dessus du 5ème Dan, ils sont nommés Kodansha. Au départ, ce système ne possédait que 3 Kyu, 5 Dan et 2 couleurs : blanche pour les Kyu et noire pour les Dan. Vers 1935, ils furent doublés en Judo et en Karaté en 1950 par Masatoshi Nakayama, directeur technique de la célèbre JKA (Japan Karaté Association). Maître Jigoro Kano délivra les 2 premières ceintures noires Shodan de Judo (1er Dan) en août 1883 à Shiro Saigo et à Tsunejiro Tomita. Vers la fin des années 20 à Londres, le centre européen de Judo, dirigé par Gunji Koizumi, élabora partiellement un système de couleur pour les Kyu. Ce système sera ensuite repris et perfectionné par maître Kawaishi Mikinosuke installé en France et qui fit preuve d’une très grande intelligence pédagogique pour le développement du Judo. Parallèlement aux ceintures, Kawashi apporta un système semblable aux Menkyo avec des titres comme champion, expert, maître pour stimuler la progression des pratiquants occidentaux.

  

Ce système de graduation par couleur jaune, orange, vert, bleu, marron, mit au point par Kawashi fut ensuite repris par toutes les disciplines martiales même non japonaises mais avec pour certaines quelques modifications. Le Japon adoptera, quant à lui, la ceinture blanche jusqu’au 4ème Kyu et la ceinture marron à partir du 3ème Kyu jusqu’au 1er Kyu. Le nombre de Dan sera ensuite porté à 10 et ce 10ème Dan, symbolisé par la ceinture rouge dans la plupart des disciplines reste de nos jours le titre mythique, suprême, même si celui-ci peut être dépassé dan certains cas. Par exemple, Maître Kano reçut à titre posthume le 12ème Dan et dans certaines disciplines à l’image du Bujinkan de maître Hatsumi, il existe 15 Dan entrecoupés en 3 parties : les 5 premiers Dan se rapportant au ciel Ten, les 5 autres à la terre Chi et les 5 derniers à l’homme Jin et garde en parallèle un système de Menkyo à l’image de l’Hakko-Ryu, école traditionnelle d’Aiki-Jutsu. A l’inverse, d’autres sont restés à l’ancien système de 5 Dan comme Oshima, élève de Funakoshi, fondateur du Karaté Shotokan qui reçut des mains de celui-ci son 5ème Dan et qui n’a jamais voulu depuis le 6ème Dan. Jigoro Kano, en plus d’avoir mis au point ce système, a été d’une importance capitale dans le développement et la sauvegarde des différents Budo. Il créa l’association des 3 Budo, la San Budo Kai, elle regroupait le Judo, le Kendo, le Kyudo, elle sera dissolue à sa mort. Il invita personnellement maître Funakoshi pour faire une démonstration de Karaté en 1922 et lui prêta même un kimono ainsi qu’une ceinture noire ce qui a permit au Karaté d’adopter le système de grade de Kano et la ceinture noire de devenir très vite le symbole d’efficacité et de maîtrise. Jigoro Kano lui envoya ainsi qu’à Ueshiba (fondateur de l’Aïkido) des élèves pour qu’ils étudient respectivement le Karaté et l’Aïkido.

  

A la fin du 19ème siècle, le Japon s’ouvrit au monde occidental et la suprématie des samouraïs fut aboulie. Dès lors, le Japon rattrapera son retard d’une manière tout à fait exceptionnelle et si cette ouverture fut mal prise par un grand nombre de japonais ce ne fut pas le cas de Jigoro qui s’intéressa à la culture et aux sports occidentaux comme l’aviron, la gymnastique et le base-ball dont il ouvrit le 1er club au Japon en 1878, le Kasei base-ball club . Les différents maîtres des écoles de Ju-Jutsu furent donc très outrés par ce comportement et voyerent d’un mauvais œil cette nouvelle forme de Ju-Jutsu car le Judo était bel et bien présenté comme une nouvelle forme de Ju-Jutsu mise au point de plus par une personne sans reconnaissance véritable ! Jigoro Kano n’a pratiqué de manière intense que durant 3 ans et même s’il avait une grande connaissance techniques, les autres maîtres ne le considéraient pas comme un pratiquant avancé, il dut donc mettre au point un autre système de graduation complètement différent du système féodal pour instaurer son style de Ju-Jutsu. A l’époque plusieurs noms circulaient pour désigner cette nouvelle forme : Judo Kano Kodokan, Kodokan Ryu, Judo Kodokan. Les maîtres des autres écoles mécontents décidèrent d’organiser à l’encontre de l’école de Jigoro Kano des Dojo Yaburi qui signifie littéralement casser le Dojo. Toutes sortes de défis ont donc été lancés que le Judo remporta à plusieurs reprises ce qui amena de plus en plus d’élèves à Jigoro Kano. Durant ces défis, un de ses élèves, Shiro Saigo, fit une très bonne impression et son niveau technique était remarquable. A 22 ans, Shiro possédait déjà de nombreux certificat de transmission, ce qui est tout à fait exceptionnel par rapport à son age et fut nommé 5ème Dan par Kano ce qui correspond au 10ème Dan de nos jours ce qui prouve encore une fois que la valeur n’attend pas le nombre des années. Jigoro, malgré ses détracteurs, tenu bon et sa discipline se développa progressivement pour devenir aujourd’hui la discipline martial la plus pratiquée même si elle est bien différente de ses débuts et son système de grades est lui aussi le plus connu et le plus utilisé.

  

La Dai Nippon Butokukai (association des vertus martiales du grand Japon), célèbre organisation paramilitaire ultra nationaliste japonaise, est créée en 1895 dans le but de sauvegarder les arts anciens et de promouvoir les arts modernes. Elle était constituée d’anciens samouraïs, tous maîtres de haut niveau, sa fonction était de reconnaître les Budo et les Ryu authentiques. En 1899, près du sanctuaire Heian de Kyoko fut créée le Dai Nippon Butokuden, temple des arts martiaux du grand Japon, qui devient le quartier général et le Dojo de la Butokukai . En 1902, cette organisation mit au point un système de reconnaissance se basant sur l’ancien système de Menkyo. Ce système composé de 3 titres de maîtrise et d’une équivalence de Dan se retrouve encore de nos jours : Seirensho qui deviendra Renshi à partir de 1928 (5-6ème Dan). Kyoshi qui a été appelé pendant quelques temps Tashi (7-8ème Dan) et Hanshi (9-10ème Dan). A titre d’information, le Karaté fut rejeté en 1917 et 1922 de la Butokukai mais en 1935, maître Kano utilisa son influence pour qu’il soit reconnu comme technique d’atémi du Judo Kodokan. En 1939. Le maître Funakoshi reçut de la Butokukai le titre de Renshi ainsi que Kenwa Mabuni, fondateur du Karaté Shito Ryu. Hironori Otsuka Fondateur du Karaté Wado Ryu reçut, quant à lui, le titre de Renshi en 1938 et le titre de Kyoshi en 1942 et Chojun Miyagi fondateur du Karaté Goju Ryu reçut le titre de Kyoshi en 1935. Cette association fut dissolue en 1945 par le général Mac Arthur, après la capitulation du Japon. Mais quelques dojos traditionnels accueillirent dans le plus grand secret les anciens membres de la Butokukai.

  

L’ancien système japonais de graduation Menkyo, certificat de transmission, quant à lui, date du 16ème siècle environ, il était utilisé dans différentes écoles traditionnelles d’arts martiaux. Ce système de Menkyo était composé de plus ou moins 5 certificats comme Menkyo Shoden, Menkyo Chuden, Menkyo Okuden. Mais ce système de Menkyo se retrouve aussi dans des écoles qui ne sont pas martiales comme par exemple dans le Reiki-Ho méthode de soins basé sur le Ki (énergie) mit au point par maître Usui. Son système de Menkyo se compose ainsi Shoden enseignement préliminaire, Okuden entraînement approfondi et Shinpiden enseignement secret. Cet ancien système de transmission n’est pas oublié et il est encore utilisé de nos jours au Japon mais aussi dans les pays occidentaux soit seul dans des écoles traditionnelles soit conjointement avec le système Kyu/Dan dans des styles plus récents. Le système de Menkyo était donc utilisé durant la période féodale et comme celui-ci n’était pas unifié chaque Ryu avait son propre système de Menkyo avec des noms différents, ses propres critères d’évaluation avec parfois 3 niveaux, parfois 5 niveaux voir plus, d’autres n’avaient pas de grade du tout ou reconnaissaient simplement étudiant, enseignant. Le terme Menkyo signifie permission, certificat, sanction (Men de Manuka être libéré ; Kyo autorisé). Le Menkyo se présentait et se présente encore parfois sous la forme de rouleau où sont inscrit différentes informations concernant celui qui le reçoit comme par exemple son nom, son niveau, les techniques apprises, la durée de la formation, date, lieu, etc... Il était réalisé par la main du maître ou par un disciple particulièrement doué en calligraphie comme par exemple dans l’école d’Aiki-Jujustu de maître Takeda, la Daito-Ryu celui qui rédigeait les Menkyo n’était pas Sokaku mais son disciple Ryuho Okuyama, fondateur de l’Hakko-Ryu.

  

Le Menkyo Kaiden quelque soit l’école était le titre suprême, le maître n’en délivrait que 2 ou 3 durant sa vie. Ce titre mettait le disciple au niveau du maître et signifiait que celui-ci avait tout reçu de son maître et qu’il était autorisé s’il le souhaitait d’ouvrir sa propre école voir son propre style ou une branche de l’école. Après ce certificat, le maître pouvait aussi le recommander à un nouveau maître pour que l’élève puisse parfaire sa connaissance et s’améliorer encore. Ce qui était de la part du maître la preuve d’une grande humilité et d’une grande ouverture d’esprit par rapport aux autres styles, aux autres maîtres... Ce qui nous enseigne que même avec un haut niveau et le titre de maître on peut se perfectionner, approfondir, échanger ses connaissances avec d’autres maîtres ce qui n’a rien de rabaissant bien au contraire et c’est ce qui manque malheureusement de nos jours à certains pratiquants.

suite de l’article

Remerciements au CDRAM (Centre de Développement et de Recherche sur les arts martiaux) pour les informations.




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