Le système de Dan est donc très différent du système Menkyo surtout de nos jours mais peuvent être complémentaires car il ne faut pas tomber dans le piège de croire que les Dan n’ont pas de valeur ou qu’ ils sont moins humbles que les Menkyo ou que les Menkyo sont dépassés par rapport aux Dan. Le grade, titre, quel qu’il soit peut-être à la fois la meilleure et la pire chose. Mais il ne faut pas les confondre car à notre époque les conditions pour l’attribution des Dan sont très différentes de celles des Menkyo.
Les critères de sélection et les différents tests utilisés dans le système traditionnel sont très particuliers et peuvent choquer certaines personnes, les élèves étaient filtrés et seuls ceux qui se montraient dignes étaient initiés aux différents niveaux. Si dans certaines écoles Soto Deshi désignent les élèves extérieurs non résidants au Dojo et Uchi Deshi les élèves vivant au Dojo. Ils peuvent aussi désigner les élèves qui ne sont initiés qu’au niveau extérieur et les élèves initiés aux principes profonds cachés internes, les futurs maîtres. Dans le système Menkyo on peut parfois attendre 10 voir 20 ans avant d’avoir le titre supérieur. Ils sont une attestation d’initiation de niveau lorsqu’on atteint un degré de perfectionnement physique et mental irréversible comme le vélo par exemple ! Contrairement aux Dan où l’on obtient un degré supérieur même si on a perdu l’efficacité d’autrefois. Le Menkyo décerné au disciple exprimait aussi le degré de confiance que donnait le maître, reconnaissance qui offrait au disciple la possibilité d’être initié au niveau supérieur puis progressivement au secret de l’école. Le Menkyo est véritablement un gage de confiance et de moralité. L’élève était jugé sur plusieurs années tant sur le plan technique que sur son comportement, plusieurs épreuves bien particulières dont on ne peut pas parler ici permettaient au maître de connaître parfaitement son élève et ce sur tout les plans ! Dans certaines écoles traditionnelles très fermées où il n’existe que le système Menkyo, on part du principe qu’il est mal venu de montrer son niveau avec des ceintures de différentes couleurs, le pratiquant doit montrer son niveau par son comportement non pas par une ceinture, un vêtement et idem pour le maître, les assistants, etc... Une école traditionnelle peut compter une dizaine de pratiquants et c ‘est déjà beaucoup, la centaine étant le grand maximum sachant que sur ce nombre que quelques uns seront initiés au savoir véritable Ura-Gei et deviendront de véritables Deshi (disciples). Les autres ne bénéficieront que de l’art martial de surface Omote-Gei. Ce terme de disciple est véritablement important et il n’est pas décerné à tous et à n’importe qui car il engage une véritable relation durable et loyale entre le maître et ce disciple, relation de confiance les deux ayant une responsabilité l’un envers l’autre ! C’est très occidentale de croire que quantité rime avec qualité. De nos jours au Japon, il existe encore environ 1000 Ryu traditionnelles dont certaines sont totalement inconnues des pratiquants « modernes » et qui utilisent exclusivement le système Menkyo et le principe de sélection. Dans les Dojo traditionnels mais aussi modernes logiquement les supérieurs doivent aider les inférieurs et les inférieurs, quant à eux, assistent les supérieurs. Le Sensei peut ainsi juger ses élèves sur leurs progressions par rapport à leur façon de se comporter avec les supérieurs ou les inférieurs selon le cas. Le(s) sempai peut selon les instructions du Sensei réprimander sérieusement et souvent les Kohai soit pour épurer le Dojo soit pour leur permettre une progression. On remarque dans ce genre d’épreuves que rares sont ceux qui sont prêts à être « secoués » surtout s’ils ne sont pas au courant de l’épreuve, curieusement on pense obligatoirement que l’on teste la patience et la résistance alors qu’il a bien d’autres choses. Mais attention il peut arriver que ce soit en vérité le(s) Sempai qui soit testé(s). De nos jours en Occident, il peut être très difficile aux différents Sensei d’agir selon ces principes traditionnels et ils ne sont pas à blâmer car les cotisations sont souvent un moyen d’existence pour certains, de plus les élèves réagiraient très mal, seraient écœurés et quitteraient le Dojo en colère en traitant certainement le Sensei de malade, mégalo, ou autres noms alors que c’est pour leur bien, pour leur progression, pour le Dojo et pour que le Sensei ne perde pas son temps avec des esprits trop soucieux de leurs ego.
De nos jours en Occident les candidats à un Kyu jusqu’au 1er Kyu (ceinture marron) doivent passer un examen pratique devant leur professeur. Ensuite, particulièrement en France où le terme Dan est protégé et régie par des textes de loi et après 3 années de licence minimum et avec logiquement l’autorisation de leur Sensei, ce sont les fédérations délégataires (sport) qui délivrent les Dan. Cette forme de protection nationale permet de protéger de certaines choses et de certains débordements et permet ainsi de garantir un minimum de sérieux sur l’enseignement dispensé dans les Dojo. Mais le fait de délivrer des grades à des inconnus n’ayant pas eu à juger l’élève durant toute sa progression mais juste sur quelques minutes avec quelques gestes techniques peut paraître déraisonnable aux yeux des pratiquants traditionnels ou d‘autres pays. Ce Dan si longtemps convoité, peut vite devenir si l’on ne fait pas attention un simple attribut décoratif gonflant l’ego et permettant d’attirer la clientèle. Le système de graduation qu’il soit du type Menkyo ou du type Dan doit permettre à l’élève qui le reçoit de comprendre et de voir où il se trouve dans son évolution martiale mais aussi propre à son style et cette évolution doit être autant technique, physique que mentale. La pratique d’un art martial ne se détermine pas à une simple attitude physique, le mental est aussi une partie importante et sûrement la plus importante mais aussi la plus difficile car être mis face à ses propres défauts, à son ego peut-être particulièrement vexant voir déconcertant ! Certains pratiquants, pas tous heureusement, toute pratique et pays confondus sont avides de progression, ce qui est normal, mais aussi de grades et de reconnaissance et accéder à un maximum de Dan en un minimum de temps et avec un minimum d’effort, devient une véritable fixation et le seul but à atteindre. Mais il est évident et tout à fait normal qu’un pratiquant doit pouvoir se situer sur cette échelle de niveau. Un titre quel qu’il soit est très personnel, doit être mérité et c’est à chacun de savoir quelle valeur lui donner. De nos jours, certains préfèreront avoir un Dan délivré par une fédération reconnue par tel ministère ou telle organisation selon des critères physiques et techniques précis que par leur Sensei qu’ils quittent une fois la ceinture noire obtenue. D’autres au contraire préfèreront recevoir le grade par leur maître qu’ils ont suivis durant des années et avec qui ils ont liés des liens irréversibles. Dans les Dojo traditionnels, le Menkyo ou le Dan est remis lors d’une cérémonie spéciale et dans certains d’entre eux, c’est le maître de l’école, lui-même, qui noue la nouvelle ceinture à son disciple. Ce geste symbolique est une marque de respect et d‘humilité du maître envers son disciple pour tout le travail accompli.
En parallèle des Menkyo ou des Dan, il existait et il existe toujours différents titres Shogo qui sont décernés et utilisés en complément pour permettre de connaître le statut du pratiquant au sein de l’école. Actuellement, ces différents titres qui sont pour certains traditionnels et pour d’autres plus récents sont parfois attribués en parallèle des Dan par le maître de l’école. Ces différents titres de maîtrise doivent en un seul mot suffirent à montrer la vrai valeur de la personne détentrice de ce titre et tout le travail accompli. Ils peuvent être par cela un pesant fardeau car son détenteur doit assumer ce titre au quotidien et s’en montrer digne. Mais il faut rester vigilant car les titres comme les Dan ou les Menkyo ont un pouvoir particulièrement puissants sur l’esprit humain autant sur celui qui possède le grade que sur celui des autres et c’est pour cette raison qu’ils peuvent être la meilleure et la pire des choses dans la « voie » d’un pratiquant, un véritable « piège d’illusion ». Le titre aussi gonflant soit-il doit nous permettre d’évoluer dans le bon sens c’est à dire vers le haut vers le positif.
Les titres les plus courants décernés autant en Occident qu’au Japon sont :
Sensei : professeur, personne que l’on respecte et qui détient une connaissance, un savoir. « Celui qui est né avant ». Au Japon, bien souvent, les gens appellent leur médecin Sensei.
O Sensei : grand professeur.
Waka Sensei : petit professeur, futur héritier.
Doshi : gardien de la voie.
Monji : disciple.
Deshi : disciple.
Soto Deshi : disciple extérieur.
Uchi Deshi :disciple interne.
Kagé Deshi :disciple « caché » de l’école.
Renshi : maîtrise extérieure, chercheur qui commence à s’éveiller.
Kyoshi : maîtrise intérieure, grande connaissance de l’art
Hanshi : maîtrise intérieur et extérieur unifiée, une référence, un exemple à suivre.
Ryu Sha : pratiquant de l’école, élève.
Hombu-Cho : maître principal, responsable du Dojo Principal (Hombu-Dojo).
Dojo-Cho : responsable du Dojo.
Shibucho : responsable d’une section locale ou nationale d’une organisation internationale, le représentant officiel de la dite organisation.
Kancho : directeur technique.
Kaicho : président.
Shidoshi-Ho : instructeur débutant.
Shidoshi : instructeur.
Shidoshi-In : instructeur.
Shihan : maître « modèle ».
Shihan-Kaku : assistant du maître.
Dai-Shihan : grand maître.
Kage-Shihan : maître de l’ombre.
Meijin : grand homme accompli.
Kohai : jeune.
Sempai : ancien par rapport au Kohai.
Tashi : expert.
Tenshi : maître céleste.
Soke ou Shosei ou Shodai : fondateur, héritier, chef de famille, de l’école.
Shike : héritier.
Il est traditionnel, quel que soit le pays, d’encadrer et d’accrocher ses titres, ses grades, etc... non pas pour étaler son ego, son savoir mais pour se « souvenir », se rappeler à l’ordre de la responsabilité que l’on a par rapport à ce titre, à ce grade, à son maître, à son école, à ses élèves. C’est ce qui fait la différence entre l’art martial et le sport !
Le premier Menkyo décerné tout comme le premier Dan désigne le pratiquant encore comme un débutant, certes avancé ayant atteint une maturité mais un débutant tout de même, il marque le début du travail véritable et non la fin. On pourrait comparer le 1er Dan et le 1er Menkyo au brevet des collèges, jusqu’à ce niveau, ce ne sont que les bases qui sont enseignées dans un art martial quel qu’il soit, il représente une porte d’entrée à de nouvelles connaissances. Le grade doit tout au long de la progression avoir une valeur émotionnelle mais il faut savoir rester humble et savoir se remettre en question s’il le faut. Le Sensei, lui aussi, doit être capable de transmettre tout en continuant d’apprendre tout en se perfectionnant dans son art car l’art martial c’est pour toute la vie !
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