Une bonne nouvelle passée inaperçue : la première traduction intégrale des « Parerga et Paralipomena » d’Arthur Schopenhauer est enfin parue. C’est énorme (945 pages), mais quel régal. « Avant tout, il y a deux sortes d’écrivains : ceux qui écrivent pour traiter un sujet, et ceux qui écrivent pour écrire. Les premiers ont des idées où ont fait des expériences qui leur semble valoir la peine d’être communiquées, les second ont besoin d’argent et écrivent donc pour de l’argent (...) Les meilleurs œuvres des œuvres des grands hommes datent toutes du temps où ceux-ci devaient encore écrire pour rien ! (...) Un grand nombre d’écrivains inférieurs ne tirent leur subsistance que de la folie du public qui ne veut lire que ce qui a été imprimé aujourd’hui : les journalistes ». (P 813).
Philippe Cohen (le Cohen du Pean-Cohen de « La face cachée du Monde ») est un bon journaliste d’investigation. C’est d’ailleurs l’une des principales qualités qu’il accorde à Bernard-Henri Levy : « Un sens aigu du main stream (la tendance), une indéniable rapidité d’exécution et d’écriture, un carnet d’adresses national et international que les années ont étoffé, une forme de courage (physique notamment) et une capacité d’analyse évidente ».
Après avoir expliqué en introduction les difficultés rencontrées dans l’élaboration de cette biographie non autorisée, il décrit le parcours de notre « nouveau philosophe », et ses procédés quelques peu contestables qu’il résume avec humour dans son chapitre « La République des Lettres expliquée à ma fille » :
« Sans la liberté de flagorner, il n’est point de position flatteuse.
Renvoie toujours l’ascenseur à celui qui t’honore.
Ne manque jamais une occasion de défendre les médias.
Pas d’ennemis chez les journalistes !
Défends toujours ceux qui sont à terre.
Dans la Bible, il vaut mieux être David que Goliath. Dans la vie, c’est l’inverse...
Les morts font d’excellents parrains.
Au restaurant, ce n’est pas l’assiette ni le verre qui comptent !
Choisis tes ennemis...
Honore tes adversaires, ce sont tes amis de demain. »
J’avoue que mon opinion sur son ouvrage « L’idéologie française » s’est renforcé par la preuve de l’utilisation par l’auteur de nombreuses citations tronquées : « Pour valider sa théorie, BHL tronque un texte de Georges Sorel, anarcho-syndicaliste : ‘‘Drumont, grand journaliste’’, ‘’excellent écrivain’’, ‘’ qui a le talent de dire des vérités en ayant l’air d’inventer’’, cite BHL. En omettant deux passages du texte original ‘’Drumont, grand journaliste, excellent écrivain, mais à moitié fou, qui a le talent de dire des vérités en ayant l’air d’inventer, et disons-le, de mentir’’ » p 265.
Un seul regret : aucune mention de son essai « Le siècle de Sartre » que je mettrais tout de même du bon coté de la balance.
« Parerga & Paralipomena » d’Arthur Schopenhauer
2005, Coda, 49 €
« BHL - une biographie » de Philippe Cohen
2005, Fayard, 22 €