Comme l’auteur le précise dans sa préface, ce livre est une « vérification expérimentale » des thèses de Klaus Theweleit effectuée à partir d’une analyse sémantique du récit « La campagne de Russie » publié par Degrelle en 1949 : « Le texte de Degrelle tout entier se structure – et donc structure pour lui le réel – grâce à ces oppositions. La principale… est celle du sec et de l’humide ; il y a aussi le rigide et l’informe, le dur et le mou, l’immobile et le grouillant, le raide et le flasque, le dressé et le couché, le propre et le sale, le cuit et le cru, le repu et l’affamé, le glabre et le velu, le clair et le trouble, le translucide et l’opaque, le mat et le luisant, le doux et le visqueux et ainsi de suite. »
En résumant grossièrement, si vous préférez le sec, le rigide, le dur, l’immobile, le raide, le dressé, le propre, le cuit… vous êtes un fasciste ! Si vous vous sentez à l’aise avec l’humide, l’informe, le mou, le grouillant, le flasque, le sale, le cru…ouf, vous êtes un bon démocrate post-moderne !
Le regretté Philippe Muray aurait trouvé très tendance cette grille d’analyse de l’histoire : « Je suis frappé depuis quelques années par l’opération de médicalisation systématique dont sont l’objet tous ceux qui ne pensent pas dans la juste ligne… Est-ce qu’on va discuter, débattre, avec un névrosé au dernier degré ? Non, on va l’envoyer se faire soigner, on va le fourrer à l’asile, on va le mettre en cage. » (Exorcismes spirituels III). Comme dans les asiles KGB remplis d’opposants à l’heureusement défunte URSS.
Notons que tout cela n’est pas bien nouveau. Dès 1915, Freund écrivait déjà à propos de la 1ère Guerre Mondiale : « Il nous semblera que jamais un évènement n’avait frappé tant d’intelligences parmi les plus claires… Même la science a perdu de son impassible impartialité ; ses serviteurs pleins d’une profonde rancœur tentent de lui ravir les armes pour apporter leur contribution au combat contre l’ennemi. L’anthropologue se doit de déclarer l’adversaire inférieur et dégénéré, le psychiatre de diagnostiquer chez lui un trouble de l’esprit ou de l’âme ».
Enivré par Theweleit, Littell se comporte en pitoyable idéologue et néglige, les faits, les humbles faits comme disait Péguy. Hélas pour notre psycho-historien, si l’amour à la grecque pratiqué à grande échelle par les SA pour renforcer l’esprit de corps était strictement prohibé aux SS, ce n’était nullement en raison d’une supposée « Incompatibilité fondamentale » avec l’esprit du fascisme, mais pour répondre à l’impérieuse nécessité d’économiser leur semence pour procréer, en étalons du Régime, de nombreux petits aryens. Désolé, Jonathan, mais au lieu de stérilement la contester il est préférable de relire Hannah Arend : cela éviterait d’écrire froidement à propos d’Eichmann : « Idéologiquement, il n’a pas besoin d’être un antisémite » !
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Le sec et l’humide
" de Jonathan Littell (l’arbalete Gallimard), 15,50 €