En ce début du 21ème siècle, les compagnons du devoir c’est 4800 apprentis en formation initiale ; 1200 stagiaires en période de transition entre l’apprentissage et le tour de France ; 1680 aspirants en perfectionnement sur le tour de France ; 370 jeunes compagnons itinérants ; 6500 stagiaires d’entreprises en formation continue ; 350 formateurs sédentaires qui pratiquent leurs métiers en transmettant leur savoir aux plus jeunes en les accueillant dans leurs entreprises ; 52 jeunes compagnons responsables des locaux d’hébergement et de formation appelés prévôts ; 61 mères, dames-hôtesses et dames-économes, chargées d’accueillir les jeunes.
Ce sont donc plus de 19 213 personnes réparties dans plus de 6500 entreprises et les corps de métiers suivants : charpentier ; ébéniste ; menuisier ; tonnelier ; couvreur ; maçon ; plâtrier-staffeur-stucateur ; tailleur de pierre ; carrossier ; chaudronnier ; maréchal-ferrant ; mécanicien ; mécanicien-outilleur ; plombier-chauffagiste ; serrurier-métallier ; boulanger ; pâtissier ; cordonnier-bottier ; maroquinier ; sellier garnisseur et tapissier.
Afin de se faire connaître auprès de la jeune population, les compagnons du devoir sont présents au sein de grandes manifestations professionnelles ainsi que dans les collèges et les lycées en fin d’année scolaire. En effet, dès leur sortie de 3ème, les jeunes peuvent rejoindre les compagnons du devoir pour préparer un CAP et/ou un BEP. Ceux qui sont intéressés pour s’inscrire sont alors conviés à la maison des compagnons du devoir la plus proche de leur domicile et ont un entretien en toute simplicité avec le prévôt (responsable de la maison). En cas de doute sur le métier choisi, on leur proposera de passer une journée en entreprise par métier afin de se faire une idée et de surtout faire leur choix ; Comme pour toute formation en alternance, ils passeront 6 semaines au sein de l’entreprise et 2 semaines dans un centre de formation des compagnons du devoir pour suivre les cours théoriques pour la préparation de leur CAP et/ou BEP. A l’issu de cette première formation et diplôme en poche, les jeunes ont la possibilité de se perfectionner par le biais du tour de France bénéficiant alors d’un contrat de travail et d’un hébergement dans les maisons des compagnons du devoir. Pour cela c’est plus de 150 maisons d’accueil à travers la France et à l’étranger et 37 de ces maisons ont leur propre centre de formation. En leurs seins, les jeunes complèteront leur formation technologique et générale par des cours du soir, du samedi et par des stages de perfectionnement.
La formation commencera tout d’abord en tant que stagiaire durant 6 mois avant de devenir aspirant avec un travail d’adoption à rendre. C’est à dire la réalisation d’une pièce comme il l’appelle dans le métier avec la matière de leur corps de métier. 3 ou 4 années après son entrée dans le compagnonnage, l’aspirant devra rendre « un travail de réception » qui est aussi la réalisation d’une pièce mais cette fois plus minutieuse. Ce travail ou plutôt ce chef d’œuvre comme il l’appelle dans le métier est une pièce rare, unique et magnifique qui est souvent la représentation miniature de quelque chose de précis. Ce chef d’œuvre doit contenir tout l’esprit et l’art de l’aspirant. Des magnifiques pièces de ces travaux d’adoption sont conservées et exposées au musée des compagnons à Rennes.
A partir de là, les jeunes changent de villes tous les 6 mois ou tous les ans afin d’acquérir le plus d’expérience possible en rencontrant un maximum de professionnels de leur branche. L’objectif principal du tour de France qui dure de 2 à 10 ans demeure la volonté d’acquérir des techniques professionnelles différentes et complémentaires ainsi qu’une formation culturelle très variée « au-delà de la formation au métier, c’est la formation de l’homme qui est recherchée pendant des années de formation en France et à l’étranger ». A l’étranger en effet, car depuis plusieurs années les compagnons du devoir du tour de France développent des actions d’accueil, de formation, d’échange avec des partenaires européens comme l’Allemagne, l’Angleterre, la Belgique, l’Irlande, etc… mais aussi avec le Canada, les USA, l’Afrique, l’Amérique latine ou bien encore avec des pays asiatiques.
« L’intervention internationale en formation continue prend de l’ampleur et nous impose une réelle adaptation aux réalités professionnelles, à la situation économique, aux besoins des hommes et des hommes dans les pays où nous sommes présents ». L’aspirant devenu jeune compagnon doit participer activement à la vie communautaire de la maison qui l’héberge et suivre assidûment les cours dirigés par les compagnons. A l’issue des cours, chaque jeune pourra se présenter à tous les examens professionnels que lui offre son métier et son niveau au fur et à mesure de ses diplômes : baccalauréat professionnel, brevet professionnel, brevet de maîtrise, brevet de technicien supérieur, etc… leur tour de France terminé, les compagnons forts de leur expérience professionnelle et d’une grande capacité d’adaptation rejoindront l’entreprise de leur choix ou fonderont leur propre entreprise.
Devenus compagnons sédentaires, ils peuvent s’investir dans la vie locale tout en conservant une vie riche dans les maisons des compagnons du devoir soit pour y dispenser des cours, donner des conférences, suivre des manifestations, etc… « Au delà de la seule maîtrise du métier, le compagnonnage attend de l’homme de métier qu’il s’investisse dans la société et plus particulièrement auprès de la jeunesse, tout au long de sa vie, en fonction de sa disponibilité ». A noter que les compagnons ont fait des monuments essentiels dans notre paysage Français et connus de tous comme la construction de la tour Eiffel par les compagnons charpentiers du 26 janvier 1887 au 31 mars 1889. Mais aussi aux USA où le 3 juillet 1986, une dizaine de compagnons serruriers-métalliers assistèrent à l’inauguration officielle de la Statue de la liberté qu’ils venaient de rénover. A la suite de ce travail impeccable, on leur proposa un nouveau contrat pour l’aménagement du musée de la liberté au pied de la statut. Certains de ces compagnons, à la fin de leur contrat, restèrent aux Etats-Unis et fondèrent leurs entreprises.
Ce parcours de compagnon semble un peu étrange voir irréel mais il existe bel et bien et se pratique encore très régulièrement comme le prouve les chiffres « Ce parcours est un choix de vie et pour toute une vie ». L’histoire du compagnonnage remonte selon une légende à la construction du temple de Jérusalem par Salomon mais contrairement à cette légende, les historiens et les chercheurs mentionnent l’apparition des compagnons aux temps des croisades et de la construction des cathédrales gothiques avec la présence des tailleurs de pierre et des charpentiers. Au fil des siècles, les compagnons comme tout groupement se sont séparés, rénifiés et ont subi de nombreuses menaces auxquelles ils ont fait face et ont tiré les enseignements nécessaires pour avancer et être toujours présents à l’heure actuelle. Ce mouvement est très actif et productif dans le monde du travail tout en sachant être moderne et conserver son caractère original et son fondement « Bien plus qu’un enseignement technique, le compagnonnage est une éducation ancrée sur des règles morales, fortes et exigeantes !
N’est pas, ne sera jamais compagnon celui qui n’a pas les qualités humaines requises par ses pairs ». Cet aspect un peu sec et intransigeant a d’ailleurs été dans son histoire une force et une faiblesse pour le compagnonnage : Force qui lui a permis depuis le moyen age de se perpétuer et faiblesse qui l’assimile à des sectes et sociétés secrètes lui créant toutes les difficultés, attaques et interdictions que cela entraîne. A l’exemple de l’interdiction de Francois 1er en 1539 « de toutes confréries de gens de métiers et artisans par tout le royaume » ou bien encore la condamnation de pratiques compagnonnages « des sociétés dites du devoir jugées impies, sacrilèges et superstitieuses » par l’église catholique en 1655. Ces interdictions seront levées à la fin du 17ème siècle mais elles seront remplacées par la loi Charpelier « interdiction de toute association entre de gens de métier…. » A son tour, cette interdiction sera levée mais ne sera pas remplacée par de nouvelles interdictions officielles. Certains les ont même comparés aux Franc-macons alors qu’il n’y a rien de comparable : « les compagnons du devoir sont des travailleurs ou plutôt des maîtres d’art qui aiment ce qu’ils font et qu’ils souhaitent le faire partager aux plus jeunes sans aucune arrière pensée ». Cette confusion entre compagnon et Franc-maçon est telle dans l’esprit de la présidence dans les années 40 que dans les lois du 13/08/1940 interdisant les sociétés secrètes, on s’apprête à y inclure le compagnonnage si le compagnon tailleur de pierre du devoir Jean Bernard n’était pas intervenu. Il demanda et obtint une audience avec le maréchal Pétain qui l’écoute, comprend et décide de ne pas inclure dans ces lois le compagnonnage. Le 1er mai 1941, le maréchal Pétain remet même au compagnon Jean Bernard la charte provisoire du compagnonnage suivie le 8 juillet 1941 de la création officielle de l’association ouvrière des compagnons du devoir du tour de France et la 1ere maison ouvrira à Lyon en 1943.
Depuis cette date, le paysage du compagnonnage Français n’a guère changé, seulement quelques modifications afin d’évoluer avec son temps mais rien de vraiment significatif. Toujours à Lyon en 1995, eut lieu pour la 1ere fois en France depuis sa 1ere participation en 1954, le concours international des métiers appelé mondial des métiers. Ce concours regroupant environ 600 candidats de moins de 22 ans représente 40 corps de métier et plus de 30 nations. En 2000, lors du dernier mondial des métiers à Séoul (Corée du sud) 500 Français ont participé aux sélections et 33 furent sélectionnés pour les finales internationales. « Ce concours international des métiers, qui s’apparente à une compétition sportive de haut niveau, favorise la confrontation de techniques, de traditions et de cultures professionnelles différentes ». La France lors de ce dernier mondial a totalisé tout de même 3 médailles d’or, 3 médailles d’argent et 11 diplômes d’honneur et elle sera présente pour le 37ème mondial des métiers qui aura lieu du 12 au 19 juin prochain à Saint Gall en Suisse.
Souhaitons que leur participation à cette compétition soit autant couronnée de médailles que pour la 36ème édition.